Elle travaille à l’IDEEV : Carmen Bessa Gomes, enseignante-chercheuse à ESE

 25/08/2026

Elle travaille à l'IDEEV : Carmen Bessa Gomes, enseignante-chercheuse à ESE

Du Portugal à la France et du lynx au vautour…

Carmen Bessa Gomes, en quoi consiste votre travail ?

Je suis enseignante-chercheuse (maîtresse de conférences) à AgroParisTech   . Je fais ma recherche au laboratoire Ecologie Société Evolution   . Mes deux activités, enseignement et recherche, se nourrissent l’une de l’autre, cela nécessite une organisation du temps stricte pour trouver un juste équilibre. Cette distance géographique m’aide à bien séparer les deux volets de mon travail, tant au niveau des activités que des discussions.

J’enseigne l’écologie et la gestion de la biodiversité. Je suis co-responsable du parcours M2 écologie de la conservation et ingénierie écologique : recherche et expertise du Master BEE   (suivi par une soixantaine d’étudiants), un travail considérable.

En 2009, j’ai intégré l’ESE et l’équipe PEPA (Processus écologiques et pressions anthropiques) où je travaille sur la conservation de la biodiversité, notamment de la biodiversité ordinaire dans les milieux anthropisés. Mes recherches s’inscrivent principalement dans le champ de l’écologie du mouvement. Je mobilise des approches de modélisation pour étudier comment les déplacements des individus influencent la dynamique des populations et des communautés, à différentes échelles spatiales et temporelles : de la recherche quotidienne de nourriture aux mouvements de dispersion entre populations, jusqu’aux processus d’expansion des aires de distribution. Ces approches me permettent notamment d’évaluer les conséquences de la connectivité des paysages sur la dynamique des populations et, plus largement, leur risque d’extinction.

Je travaille sur de nombreux projets en collaboration avec d’autres collègues de l’équipe, dont pour certains je supervise la thèse. Avec Lucas Jacquier j’étudie les vautours et leurs déplacements (translocation de conservation), avec LL Gisselmann je modélise le comportement alimentaire des pollinisateurs en milieu urbain (bourdons) et, avec Camille Tourtelier, je travaille sur le projet de sciences participatives Birdlab   (nourrissage des oiseaux). La translocation de conservation est un axe important de mes recherches (lynx et vautour notamment).

Quel a été votre parcours académique ?

Je n’ai pas eu un parcours linéaire et il est, je pense, assez différent des parcours habituels étant donné que je l’ai débuté au Portugal, avec un Master 2 professionnalisant en gestion de la faune sauvage. J’ai ensuite travaillé 3 ans comme chargée de mission en conservation à la fin des années 1990. J’ai alors réalisé que cela ne correspondait pas à ce que je voulais faire : j’ai commencé un deuxième Master en Mathématiques appliquées en biologie puis, par le biais de l’école doctorale de la Fondation Gulbenkian (à Lisbonne), j’ai fait une thèse dans le Laboratoire d’Écologie à l’Université Pierre et Marie Curie, à Paris. Heureusement qu’on y parlait anglais car je ne maîtrisais pas le français à cette époque (1999). A la suite de ma thèse, j’ai fait un post doctorat à Londres à Institute of Zoology   avant d’obtenir rapidement un poste à AgroParisTech, en 2005.

Pourquoi la recherche ?

J’ai découvert la modélisation en 4ème année d’études universitaires. J’ai tout de suite aimé travailler sur les lois qui régissent les populations et mettre leurs mouvements en équation, c’était absolument fascinant pour moi ! Par ailleurs, l’écologie s’est imposée car j’ai toujours aimé les sorties naturalistes et notamment l’observation des oiseaux.

Qu’est-ce qu’un bon projet de recherche selon vous ?

Une recherche intéressante est faite de collaborations entre plusieurs personnes avec des expertises et des horizons différents. La créativité est un élément très important en recherche : un projet de recherche est bon quand, ne sachant pas la réponse à la question posée quand on le commence, il faut faire preuve d’imagination et de créativité pour le mener à terme.

Une rencontre vous a-t-elle marqué ?

J’ai eu la chance de rencontrer Georgina Mace   à Londres avant de faire ma thèse puis lorsque j’étais en post-doc dans son institut. Elle était une personne très humaine, avec une vision de la modélisation qui incluait des aspects très appliqués dont je me suis inspirée.

Quelle place a la médiation scientifique dans votre travail ?

Il est très important de faire connaître les résultats de la science au public et de partager ce qui nous émerveille. J’ai été très impliquée dans le projet de science participative Birdlab   (observation du comportement des oiseaux à la mangeoire en hiver). Je donne des conférences vulgarisées sur l’écologie urbaine et la place de la biodiversité dans les milieux urbains, j’ai participé cette année au Salon International de l’Agriculture sur le stand d’AgroParisTech où j’animais un stand sur les vautours et l’équarrissage.

Une conclusion ? Un message pour les jeunes intéressés par la recherche : soyez curieux ! Faites-vous plaisir !

Propos recueillis par Isabelle Genau et Sylvie Salamitou, communication IDEEV - avril 2026 - Photos : C. Bessa Gomes - AgroParisTech